Le commerce acteur central de l’emploi dans toute la France
On ne le dit pas assez, le commerce de détail est le plus souvent le premier employeur privé dans les territoires.
Au niveau national le commerce (de gros et de détail) emploie 3,45 millions de personnes soit 12,7 % de l’emploi total c'est à dire presque autant que l'industrie : 3,6 millions d’emploi (13,7 % du total).
Pourtant on ne parle que réindustrialisation, et trop peu souvent de ce point important du commerce et des risques majeurs qu’il y aurait à laisser une partie de ces emplois disparaitre.
Au sein de cet ensemble, le commerce de détail représente 1,4 millions d’emploi équivalent temps plein mais et près de 2 millions de salariés lorsque sont intégrés les emplois à temps partiel.
Notons que jusqu’en 2022, à l’exception de la période très récente, le commerce de détail a toujours créé des emplois + 47 % entre 1990 et 2024 , alors que l’industrie perdait 20 % de ses emplois sur la même période.
Bien entendu il est louable et indispensable de viser la réindustrialisation de la France. Toutefois, chacun sait que, même si elle réussit — ce qui est souhaitable — cette stratégie générera probablement peu d’emplois, car une industrie compétitive repose souvent sur une forte automatisation, voire sur la robotisation..
Au niveau de l’aménagement du territoire et de l’emploi local, l’importance du commerce de détail et ses impacts sur les tissus économiques et sociaux locaux est encore plus central. En effet, le commerce, les magasins, la logistique, sont présents partout à proximité des habitants dans tous les profils de territoire. Une activité de proximité présente partout sous toutes ses formes car elle doit vivre près des gens.
Au-delà de ses emplois directs, le commerce de détail génère de nombreux emplois indirects : logistique, nettoyage, entretien, sécurité ... mais également fournisseurs locaux... Toute une chaine d'emplois locaux généré par le tissu commercial partout en France.
Il est évident que la plateformisation croissante, le développement d'acteurs n'ayant pas d'implantation locale fragilise ce fonctionnement, « déterritorialise » une partie de l’activité (livraison directe vers le consommateur à partir de sites positionnés à l’étranger). Ce risque de « décommercialisation » n’existait pas il y a peu mais il est maintenant réel dès lors que rien n’empêche un acteur international de répondre aux besoins des consommateurs en le livrant de très loin ! Aujourd’hui ce risque ne doit pas être sous-estimé et ses impacts potentiels sur la vie locale, économique, sociale, sociétale sont très importants.
On le voit depuis quelques années, les multiples défaillances d’enseignes engendrant la fermeture de milliers de magasins et la disparition de nombreux emplois locaux ne génèrent pas toujours la même mobilisation, la même inquiétude que lors du risque fermeture d’une usine regroupant des centaines d’emplois sur le même site. Bien entendu, pour le territoire concerné par cette dernière les conséquences ne sont pas les mêmes, mais cela ne doit donner l’excuse de sous-estimer l’impact de la suppression de dizaines voire centaines d’emplois partout en France suite à la fermeture de dizaine de magasins d’une même enseigne. Suppression auquel il faut ajouter les fermetures encore plus diffusent et mal analysée de magasins locaux sans enseigne.
C’est pourtant un vrai sujet qui dépasse le cas de chaque enseigne car si le commerce s’est toujours adapté au fil du temps, que des acteurs ont disparu pour être remplacé par d’autres, la situation actuelle est différente. Avec le développement d’autres canaux de vente, notamment le ecommerce, en particulier les plateformes internationales, il n’y a plus systématiquement aujourd’hui le remplacement d’un acteur par un autre, donc les locaux sont durablement vides et les emplois locaux définitivement supprimés. Dans la situation actuelle, nous devrions être focalisés sur un objectif : comment faire en sorte que l’industrie du retail, le commerce, dispose des conditions pour pérenniser son avenir partout en France. Cela pose les questions de la capacité d’investissement de transformation, de la protection en contraignant les plateformes internationales à respecter les mêmes règles, à s’assurer d’une équité fiscale entre les canaux … Car dix emplois supprimés, c’est dix de trop. Plus grave quand un réseau est fragilisé, c’est autant de suppression dans de nombreuses villes de France. Il ne faut pas parler que d’investissement dans l’industrie ou la tech, il faut intégrer le commerce dans cette obligation d’adaptation des acteurs économiques à nos objectifs de demain ; car localement, le commerce c’est central !
Ce serait inacceptable de laisser une certaine décommercialisation prospérer en restant passif sans politique publique du commerce comme une politique industrielle de filière car aucun secteur, à l’exception peut-être des services à la personne avec le vieillissement de la population, ne peut proposer un volume de création d’emplois local important. Donc ne prenons pas le risque !
Or, à l'évidence, pour que les territoires soient dynamiques, que l'aménagement dans les différents types de territoires fonctionnent, l'existence de ces emplois locaux est fondamentale. En complément de ceux des autres activités économiques bien entendu mais ils seront toujours mieux répartis territorialement que les emplois industriels concentrés dans un nombre d'unités de production plus limité.
L'emploi dans le commerce de détail apporte également un accès à l'emploi pour tous types de profils y compris pour des personnes peu formées. Des emplois assez proches des domiciles donc agissant positivement sur la proximité lieu travail avec lieux d'habitation donc des trajets domicile travail relativement limités.
Le commerce permet d’offrir à un pourcentage très important de jeunes leur première expérience dans une entreprise, leur premier contact avec le monde du travail. Le poids des 14-25 ans dans les emplois du commerce est de 20,1 % alors qu’il n’est que de 12,7 % dans l’emploi total. Le commerce est une porte d’entrée essentielle au premier emploi.
Le secteur offre une multitude de métiers dans des domaines variés et qui pour beaucoup d’entre eux ont du sens car exercé dans le territoire, au sein du bassin de vie du salarié, en contact avec les habitants et évoluant avec et pour la société et les habitants. Des métiers directement utiles, au quotidien, et qui s'exercent dans le cadre du lien social local.
Bien entendu, comme dans tous les secteurs, les entreprises doivent continuer d'avancer sur le sens, la participation des équipes aux impacts positifs vis à vis du territoire, ... mais ces activités bénéficient de tous les paramètres permettant cette intégration dans le territoire dans lequel elles exploitent; leurs équipes peuvent ainsi participer à accroître la durabilite des produits en proposant toujours de nouveaux services (réparation, seconde main, vrac...) mais également au plus près des spécificités de chaque territoire. Demain la société ira dans ce sens de manière croissante et, grâce à leurs réseaux, leurs exploitations locales, les entreprises locales sont parmi les mieux placées pour agir concrètement, localement et quotidiennement et ce faisant proposer des jobs qui ont du sens à tous les stades de la vie professionnelle.
Travailler dans le commerce c'est aussi une bonne marche pour celles et ceux qui souhaitent devenir entrepreneur et créer leur entreprise soit en créant un concept, soit en devenant entrepreneur dans le cadre d’un réseau sous franchise ou coopérateur. Créer son entreprise sans être seul, dans un domaine, le commerce, dans lequel on a l’expérience en ayant été salarié est une bonne approche qui donne du sens et de la dynamique personnelle.
Les acteurs du commerce sont des acteurs majeurs de l’emploi local, il faut en avoir conscience, en parler davantage, et faire la promotion de ces métiers au cœur de la vie sociale et de la proximité.
Guy GRAS, président












